- "Dans un marché où la concurrence est féroce, la distribution à fonds perdu d'échantillons est une arme implacable."
- ― Dr. Kananga
Le Dr. Kananga est le gouverneur prétendument respectable de l'État insulaire de San Monique, dans les Caraïbes. Un diplomate prospère, il s'est fait un nom sur la scène politique internationale et est membre de l'ONU, ce qui lui confère une certaine immunité diplomatique sur le sol américain. La position importante et les vastes ressources de Kananga lui ont permis de se façonner une seconde identité, celle de M. Grosbonnet, un mafieux à la tête d'un vaste réseau de trafic de drogue à New York. Pour assumer cette seconde identité, il porte un déguisement comprenant un maquillage en latex, faisant ainsi croire aux autorités que Kananga et Grosbonnet sont deux personnes différentes sans aucun lien entre elles.
C'est donc un homme d'affaires influent possédant de nombreux repaires insolites à San Monique et aux États-Unis, détenant entre autres la chaîne de restauration Fillet of Soul, et ayant à ses ordres de nombreux nervis afro-américains qui surveillent ses ennemis en temps réel. Kananga s'est aussi approprié les services de Solitaire, une cartomancienne capable de prédire les prochains mouvements de ses antagonistes avec précision. Le tyran s'est entiché de cette voyante, mais son attitude relève davantage d'une possessivité abjecte. En outre, c'est un partisan de la culture vaudou et du mysticisme qui fait régner une aura de terreur à San Monique, notamment en organisant des sacrifices humains sous la tutelle du légendaire Baron Samedi, ce qui lui permet de tenir les indigènes à distance de ses activités criminelles.
En tant que Kananga, c'est un souverain charismatique, grandiloquent et dédaigneux, rompu à tous les codes du monde diplomatique. Il est toujours maître de ses émotions, paraît véritablement affable et emploie des tactiques plutôt subtiles pour déjouer ses adversaires. À l'inverse, lorsqu'il endosse l'identité de Grosbonnet, il est grossier, agressif et déchaîne son sadisme habituellement réprimé. Dans les deux cas, Kananga/Grosbonnet est un maniaque du contrôle qui exploite les failles du système pour étendre son influence toujours plus loin.
Dans le film[]
Jeu d'espions à New York[]
- Grosbonnet: "[S'adressant à ses hommes] C'est ça, l'espèce de pignoufl qui te filait en ville ?"
- James Bond: "Écoutez, il me semble qu'il y a méprise. Mon nom est..."
- Grosbonnet: "Les noms, c'est pour les pierres tombales, mon pote !"
- ―M. Grosbonnet et James Bond se rencontrant pour la première fois.[src]
Kananga et Solitaire assistant à la mort de Dawes.
Vers 1973, Kananga attire l'attention des services secrets britanniques lorsque trois espions qui enquêtaient sur ses activités sont assassinés en l'espace de 24 heures. Le premier (Dawes) est tué lors d'une réunion de l'ONU à laquelle le politicien assiste avec Solitaire, un autre (Hamilton) est poignardé par un assassin et une fanfare de jazz à La Nouvelle-Orléans, et le troisième (Baines) est victime d'un sacrifice vaudou à San Monique. James Bond, un agent d'élite du MI6, est donc mobilisé à New York pour enquêter sur Kananga et son lien avec les meurtres.
Informé de l'arrivée et des intentions de 007 par Solitaire, l'homme d'État, alors en visite à l'ONU, ordonne son élimination par un de ses lieutenants, Murmure ; la tentative échoue mais coûte la vie à un agent américain. De retour à son ambassade après son départ de l'ONU, Kananga trompe la CIA, qui a mis son bureau sur écoute, en diffusant un enregistrement dans lequel il dicte une longue lettre nationaliste, ce qui lui permet de quitter son ambassade dans une autre tenue et de se rendre au restaurant Fillet of Soul de Harlem. Ayant remonté la piste qu'à lui, Bond le file jusqu'à ce repaire sans se douter que les espions de Kananga rapportent ses faits et gestes au dictateur.
Kananga confrontant Bond sous l'apparence de Grosbonnet.
Victime d'un piège dans le restaurant, l'agent secret se retrouve dans une pièce secrète où Kananga le confronte sous l'apparence de Grosbonnet. Après cette très brève entrevue, l'antagoniste ordonne à ce que l'enquêteur soit tué. Cependant, Bond neutralise deux de ses hommes dans la ruelle abandonnée où il est emmené et fait ensuite un compte-rendu à ses alliés de la CIA, maintenant conscient qu'il existe un lien entre Kananga et Grosbonnet.
Péripéties à San Monique[]
- "En tout cas, j'espère pour toi que ces manquements ne deviendront pas une habitude. Ton pouvoir n'existe que pour me servir. Et c'est à moi de le contrôler. Si jamais il me venait à un moment quelconque le désir de le retirer, c'est moi et moi seul qui le ferait !"
- ― Kananga confrontant Solitaire.
Kananga réprimandant Solitaire.
Conscient que Bond le suit à San Monique, Kananga tente une seconde fois de le faire tuer par Murmure, puis par Rosie Carver, un agent double de la CIA. Cette dernière est finalement tuée par une arme dissimulée dans un totem vaudou après avoir refusé de répondre aux questions de l'espion suspicieux. Comme les péripéties s'enchaînent et que les prédictions de Solitaire deviennent confuses, Kananga réprimande sa voyante, affirmant que son pouvoir n'est là que pour le servir et qu'il n'aurait aucun scrupule et à le lui retirer.
Le lendemain, avec l'aide de Solitaire, Bond découvre que Kananga cultive des champs de pavot protégés par d'épais filets de camouflage sur San Monique. Une fois encore, le caïd envoie des assassins à sa poursuite mais le commander s'échappe à La Nouvelle-Orléans, laissant Solitaire derrière lui.
Coup de théâtre à La Nouvelle-Orléans[]
- "La vérité s'enfare. Kananga fait pousser des hectares de pavot dans les champs camouflés et les cérémonies vaudou du Baron Samedi éloignent tous intrus. Et M. Grosbonnet est distributeur et grossiste en héroïne grâce à sa chaîne de restaurants lieux noirs."
- ― Bond réalisant les plans de Kananga.
Grosbonnet confrontant Bond à nouveau.
Alors qu'il investit le restaurant Fillet of Soul de La Nouvelle-Orléans avec son ami de la CIA Felix Leiter, Bond tombe une fois de plus entre les mains de Grosbonnet dans une pièce secrète. Tandis que l'espion est attaché à un fauteuil, le gangster lui demande avec insistance s'il a couché avec Solitaire. Lorsque Bond lui tient tête et prétend avoir touché la voyante devant Kananga, Grosbonnet retire le masque en latex qu'il porte, révélant le visage du souverain. Maintenant au fait de sa double identité, 007 réalise son plan, à savoir qu'il compte inonder le marché américain de deux tonnes d'héroïne distribuées gratuitement dans ses restaurants, mettant ainsi ses concurrents en faillite et doublant le nombre de toxicomanes. Le trafiquant rehaussera ensuite les prix de sa drogue pour tirer des profits considérables.
Kananga mettant à l'épreuve le don de Solitaire.
Lorsque Bond refuse continuellement de répondre à sa question concernant sa relation avec Solitaire, Kananga décide de mettre à l'épreuve le don de sa médium, en sachant qu'elle ne peut le conserver si elle a perdu sa virginité. Ayant en main la montre de 007, Kananga lit le numéro de série du bracelet et demande ensuite à Solitaire s'il a énoncé correctement le numéro. Pendant ce temps, son bras droit Tee Hee a l'ordre de couper l'auriculaire droit de Bond avec sa pince métallique si Solitaire donne une mauvaise réponse. Après que cette dernière ait répondu, Kananga fait libérer Bond de son fauteuil mais demande à ce qu'il soit emmené à la ferme de crocodiles qu'il possède.
Resté seul avec Solitaire et le Baron Samedi, Kananga, après avoir contenu sa colère durant toute la réunion, explose de rage maintenant qu'il sait que Solitaire l'a trahi. Après avoir giflé la jeune femme, il lui rappelle qu'il lui aurait lui-même "appris l'amour" en temps voulu et qu'elle le savait. Pour punir ce manquement, Kananga livre Solitaire à Samedi pour qu'elle soit sacrifiée à San Monique comme Baines avant elle.
Confrontation finale et mort[]
- Solitaire: "Où est Kananga ?"
- James Bond: "Il a toujours fait preuve d'une insupportable enflure du moins."
- ―Solitaire et Bond réagissant à la mort de Kananga.[src]
En fin de compte, Bond est capable de s'échapper de la ferme et de sauver Solitaire du sacrifice pendant que Leiter et leur allié Quarrel Fils font exploser les champs de pavot de Kananga. Néanmoins, l'agent secret et la voyante se retrouvent ensuite nez-à-nez avec le diplomate dans sa base souterraine située sous le cimetière de Samedi. Plus jovial que d'habitude, Kananga affirme que malgré les agissements de Bond, il détient toujours une grosse quantité de drogue. Après s'être amusé avec le pistolet à air comprimé de son ennemi, l'antagoniste fait attacher ses deux ennemis à un treuil habituellement utilisé pour déposer l'héroïne sur un monorail afin qu'elle soit acheminée vers la côte. Kananga compte faire descendre le binôme dans un bassin où se trouvent ses requins et fait trois entailles au bras de Bond avec un couteau pour attirer les squales avec son sang.
Kananga affrontant Bond.
Toutefois, pendant que Kananga a le dos tourné, Bond récupère la capsule à air comprimé avec laquelle il jouait grâce au champ électromagnétique de sa montre. Le Britannique utilise également la scie circulaire intégrée au bracelet pour sectionner ses liens. Toujours armé de son couteau, Kananga se précipite vers 007 pour l'affronter mais l'agent le désarme assez facilement. Les deux hommes tombent ensuite dans le bassin des requins où Bond force Kananga à avaler la capsule d'air comprimé ; l'horrible dictateur jaillit de l'eau en gonflant comme un ballon et explose en touchant le plafond du repaire. James plaisante alors en disant que Kananga "a toujours fait preuve d'une insupportable enflure du moins".
Employés[]
Production[]
Le Dr. Kananga est l'antagoniste principal dans le film de James Bond de 1973 Vivre et laisser mourir, le huitième volet de la série d'EON Productions. Il a été interprété par le regretté acteur américain Yaphet Kotto et a été doublé dans la version française en tant que Kananga par le regretté Med Hondo, qui a aussi prêté sa voix à Chang, et par le non moins regretté Yvan Labéjof en tant que Grosbonnet.
Il est basé sur le personnage de Mr. Big, l'antagoniste principal dans le roman Vivre et laisser mourir (1954) de Ian Fleming. Cependant, bien que le nom "Mr. Big" ait été repris comme pseudonyme du personnage dans la version originale du film, il n'est jamais appelé "Dr. Kananga" dans le livre. D'abord nommé Jakata dans les premiers scénarios[1], il a ensuite été renommé "Kananga" en référence à Ross Kananga, le propriétaire de la ferme de crocodiles du film[2].
Yaphet Kotto avait été imposé aux producteurs par David Picker, l'un des dirigeants d'United Artists. Le réalisateur Guy Hamilton n'avait pas du tout apprécié travailler avec l'acteur. Lorsqu'il a rencontré Kotto pour la première fois sur le tournage en Jamaïque, il n'a pas eu une bonne impression : "Il a commencé par penser qu'il devait jouer Bond, et il était très sérieux. Il se comportait très mal, il essayait de nous rendre la vie difficile"[3].
Kotto n'aimait pas le scénario : "C'était trop simple. Il y avait trop de répliques du genre "Hey baby !". On ne parle pas comme ça, vraiment pas. Je ne sais pas d'où [Mankiewicz] a sorti ces conneries. Il en a mis trop". Kotto trouvait également que le film n'allait pas assez loin : "Si vous voulez faire un film avec des personnages noirs et blancs, allez jusqu'au bout. Est-ce que [Kananga] avait des relations sexuelles avec Solitaire ou pas ? Oui, bien sûr ! Ces questions ont été négligées. Ils n'ont pas su décider jusqu'où aller"[3].
Yaphet Kotto et Roger Moore sur le tournage du film.
Durant le tournage, Kotto a suscité une polémique lorsqu'il a levé le poing en signe de salut Black Power lors d'une séance photo avec la presse à l'aéroport de Lakefront. Selon Roger Moore, "certains ont dit qu'il avait une dent contre quelqu'un. En tant qu'acteur noir dans une industrie à prédominance blanche, il pensait peut-être qu'il devait s'affirmer"[4]. Kotto a plus tard répondu : "Je ne pense pas que ce soit juste. [Mais] je comprends comment [Moore] en est arrivé à cette conclusion, car j'étais très distant et isolé de tout le monde. Je restais à l'écart de tout le monde. J'ai peut-être donné l'impression d'avoir un complexe d'infériorité parce que j'étais silencieux. Je n'étais pas là pour socialiser"[3].
Kotto a ensuite été exclu de la campagne promotionnelle du film car le producteur Harry Saltzman "s'inquiétait de l'image d'un méchant afro-américain". L'acteur était très déçu par cette décision : "Cela m'a dérangé. Cela me dérange encore aujourd'hui. Lorsque le film est sorti, j'étais dans un bar de Harlem, sur la 135e rue, car je n'avais été invité à aucune des avant-premières. J'étais très déprimé. J'étais dans un bar avec mes frères et sœurs, à regarder la télévision. J'ai pleuré un peu, j'étais ému, j'étais avec mes proches, mais je voulais être avec [les acteurs et l'équipe], mais la porte m'était fermée"[3]. Malgré ce sentiment de malaise, Kotto a pu assister à la première américaine du long-métrage.
Autres apparitions[]
James Bond 007 (jeu de rôle)[]
Kananga est également apparu dans le jeu de rôle sur table James Bond 007 où son nom complet est Emman Kananga. Mr. Big et Kananga sont ici deux personnes distinctes mais néanmoins associées dans leur plan commun de distribuer de la drogue gratuitement. Il est également mentionné que le dictateur a l'intention d'épouser Solitaire et a tué sa mère après que celle-ci ait perdu ses pouvoirs.
Jeux-vidéos[]
Kananga comme il apparaît dans 007 Legends.
Kananga est également disponible dans le mode multijoueur des jeux-vidéos GoldenEye 007 (2010) et 007 Legends (2012), vêtu du costume noir abacost qu'il porte durant l'acte final du film. Dans le premier, il est résistant aux attaques de mêlée et possède un pistolet automatique à air comprimé. Dans le second, Kananga voit toujours les ennemis qu'il a tués sur son radar et peut aussi voir temporairement ceux qui sont touchés par ses grenades. Il utilise toujours un pistolet à air comprimé comme arme secondaire.
Images[]
Notes[]
- Kananga est l'un des trois antagonistes de la saga à avoir une double apparence, avec Jacques Bouvar de Opération Tonnerre (1965) et Gustav Graves de Meurs un autre jour (2002). Cependant, c'est le seul des trois à avoir été joué par le même acteur sous ces deux apparences car il n'utilisait qu'un masque en latex et une perruque lorsqu'il endossait le rôle de Grosbonnet.
- C'est à ce jour le seul antagoniste principal des films à être d'ascendance africaine, la plupart des ennemis de 007 étant de type caucasien.
- Kananga est l'un des adversaires "classiques" de James Bond à avoir porté un costume à col montant, la veste caractéristique du méchant, ayant revêtu la version africaine du vêtement appelée abacost. Les autres méchants qui ont porté ce costume sont le Dr. No (qui portait un col montant mandarin), Ernst Stavro Blofeld, Hugo Drax, Kamal Khan et Elliot Carver.
- Kananga a affirmé avoir connu la mère et la grand-mère de Solitaire lorsqu'elles étaient encore vierges ; en supposant qu'il ait à peu près le même âge que la grand-mère et que les deux femmes aient eu leurs filles dans la vingtaine, Kananga devrait avoir au moins entre 65 et 70 ans. La question de savoir s'il est naturellement jeune ou s'il a conservé sa jeunesse grâce à des moyens mystiques est ouverte à l'interprétation.
- La mort de Kananga est largement considérée comme une des plus absurdes et ridicules pour un méchant de la saga, notamment parce qu'on peut clairement voir la poupée gonflable représentant le dictateur avant qu'il n'explose. Yaphet Kotto lui-même avait critiqué la scène : "La façon dont Kananga meurt était ridicule... L'expérience dans son ensemble n'a pas été aussi enrichissante que je l'aurais souhaité"[5].
Références[]
- ↑ Duncan, Paul (2015). The James Bond Archives 007. Taschen. ISBN 3836521059
- ↑ Bouzereau, Laurent (2006). James Bond, l'art d'une légende : du storyboard au grand écran. Flammarion. ISBN 2-08-011643-6
- ↑ 3,0 3,1 3,2 et 3,3 Field, Matthew; Chowdhury, Ajay (2015). Some Kind of Hero : 007 : the Remarkable Story of the James Bond Films. Stroud, Gloucestershire : The History Press Ltd. ISBN 0750964219. OCLC 930556527.
- ↑ Moore, Roger (2018). The 007 Diaries: Filming Live and Let Die. The History Press. ISBN 0750987596
- ↑ https://whatculture.com/film/10-actors-who-hated-their-own-movie-death-scenes?page=5














